Persinsala Teatro, Fabrizio Migliorati

Pour deux soirs seulement, l’Auditorium de Lyon a présenté le chef d’œuvre d’Edvard Grieg dans la remarquable mise en scène de Sandra Pocceschi et Giacomo Strada. Peer Gynt est ainsi devenu un conte au langage universel d’une beauté saisissante. Sublime. C’est avec ce mot que l’on pourrait décrire la représentation. De la mise en scène à l’interprétation des solistes et du comédien, de la prestation des musiciens et des choristes à la direction de Leonard Slatkin, l’ensemble était sublime et le public des grandes occasions lui a justement rendu hommage. La création du Peer Gynt est apparue parfaite dans toutes ses parties et nous devons saluer le remarquable travail de Sandra Pocceschi et de Giacomo Strada, metteurs en scène capables de concevoir un spectacle possédant la force du langage universel, dans un esprit de légèreté purement calvinien. Si la solitude du personnage est exacerbée, comme l’indiquent Strada et Pocceschi dans la note d’intention, cette solitude représente la force dramatique de la pièce, la « chose » irréductible qui provoque le drame et le périple de Peer. Et cette force nécessite une matière adaptée pour se représenter. Et de fait, où la solitude pourrait mieux s’exprimer que dans les rêves ? C’est donc dans un lieu indéfini et irréductiblement onirique que la parabole de cette créature prend forme entre le grand Nord et les trolls, le Maroc et l’Orient, d’innombrables créatures, des amours, des souvenirs et un sentiment de revanche existentielle. La neige se transforme en sable grâce au remarquable travail sur les lumières de Giacomo Gorini, tandis que la coopération avec les confrères de la vidéo Caterina Vigano, Simone Rovellini et Karol Sudolski donne lieu à des sculptures visuelles tridimensionnelles ou à une skiagraphia poétique. Entre hallucination et voyance, ce conte picaresque touche l’inframince qui s’interpose entre les deux, (non-)point commun entre humain et divin, réalité et rêve. Lucas Bléger, donnant son corps à l’anti-héros d’Ibsen, présente une interprétation convaincante et profondément incarnée, qui nous rend ce personnage aux mille personnalités attendrissant et mémorable dans sa fragilité. Errant dans un monde enneigé d’abord, pour ensuite arpenter les immensités désertiques du Sahara, Bléger est profondément émouvant et ses gestes spolient la moralité fondamentale de la pièce pour exhiber un corps purement dramatique. L’épopée de Gynt devient une recherche qui vise à une revanche universelle mais qui se dissout dans un anecdotique infime. Pourtant dans ce monde injuste, une lueur ne cesse de briller. Agneta Eichenholz a été une « bellissime » Solveig : profonde, sensible, lumière pure de l’amour qui chante sa fidélité et dont les bras accueillent le trépas de son Peer. Leonard Slatkin nous a encore une fois ébloui avec sa touche sublime qui a fait paraître le minutieux travail d’harmonisation globale comme naturel et consubstantiel à la pièce. Fondamental, ensuite, l’apport des chœurs de Spirito, tour à tour habiles dans l’accompagnement des solistes et dantesques dans la condamnation du pauvre Peer.

 

Overblog, Barrone Samedi

Le décor d'une apparente simplicité est transformé à vue par le comédien au fil des aventures. L'inventivité du procédé est tout bonnement saisissante. Au début, un simple tipi, une luge et des branchages, dans de la neige poudreuse. Puis, sur la toile du tipi apparaissent des silhouettes. Par la suite, Peer Gynt fera des branchages des accessoires, et donnera à la toile bien des métamorphoses : un écran illuminé de paysages, un ballot pour entamer le voyage, un personnage de chiffon pour l'adieu à sa mère, ou une voile de bateau tandis que sous l'effet d'une projection, la poudreuse se transformera en herbe, en sable, en flots marins... Le tonnerre d'applaudissements qui a salué la représentation était un hommage mérité à ce spectacle très abouti.